France – PLFSS 2019 : adoption dans la tourmente

Dans le climat insurrectionnel qui embrase la France ces derniers jours, la rhétorique de la pédagogie se heurte à celle, irrationnelle, de la colère. Emmanuel Macron s’est imposé comme l’incarnation même du changement et s’était gardé jusqu’alors de céder comme ses prédécesseurs face à des événements de contestation. Le Gouvernement, donc, au lieu de reculer sur ses décisions, explique sa politique. L’expliquer au travers de débats participatifs permet fort commodément de ne rien changer tout en gagnant du temps. Les Français sont des veaux disait de Gaulle. Et en communiquant mieux, certainement que la pilule finira par passer. Et pour preuve, au final, les gilets jaunes ont obtenu un bel os à ronger, un « moratoire » sur les carburants…

Cette pédagogie, personne n’est dupe, instaure une dialectique où toute sortie de crise semble impossible. Surtout que la crise sociale actuelle est protéiforme. Et on a beau jeu de tenter de la comparer aux élans révolutionnaires passés, il n’empêche qu’elle surprend par son ampleur et sa spontanéité. Face aux Cerbères qui bloquent les ronds-points, la pédagogie des thuriféraires tourne en rond.

Malgré ce chaos, le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2019(PLFSS) a été adopté lundi 3 décembre. Encore un bel effort de pédagogie pour son rapporteur général, Olivier Véran. Sous les huées de députés, sur des rangs bien clairsemés de l’Assemblée nationale, la lecture définitive du PLFSS a été chahutée. Déjà fin novembre, le Sénat avait balayé le texte, estimant que de nombreux « points de désaccords » subsistaient, notamment le « quasi-gel des pensions » des retraités,  la « sous-revalorisation des prestations sociales » au détriment des bénéficiaires d’autres prestations, en particulier les familles, et, surtout, « que l’ampleur des coupes financières programmées au détriment de la sécurité sociale, ne reposant sur aucun principe clair, est de nature à compromettre son retour durable à l’équilibre ainsi que l’amortissement de la dette de la branche maladie et du Fonds de solidarité vieillesse« . Car malgré l’annonce en fanfare d’un retour à l’équilibre, les comptes de la Sécu (FSV inclus), selon la Commission des affaires sociales du Sénat, seraient dans le rouge à -200 M€ au lieu des +400 M€ prévus par le Gouvernement, en raison des arbitrages sur la CSG et la CRDS.