France – Produits de santé : pourquoi tant d’incompréhension du public ?

Par Yves Tillet, CEO/CSO du Cabinet WHITE-TILLET

Le reportage télévisé d’Elise Lucet, « Cash Investigations implants : tous cobayes » (France 2), du 27 Novembre 2018, a fait grand bruit aussi bien du côté du public que des industriels du dispositif médical (DM). 1 On comprend aisément l’émoi des industriels globalement mis en cause, de même que les autorités de santé en France accusées de laxisme, mais ce qu’il est intéressant d’analyser est l’intérêt que porte désormais le public au moindre problème posé par un produit de santé, de suite amplifié par les réseaux sociaux et très vite qualifié de scandale sanitaire. Sans remonter aux vrais scandales sanitaires historiques comme ceux du Stalinon®2, de la thalidomide 3, du distilbène, ou du talc Morhange 4 (sans oublier les anticox-2 5), la liste des médicaments retirés du marché pour des raisons de sécurité, ou de rapport bénéfice/risque réévalué défavorable après leurs mises sur le marché, est longue. Le Glifanan® est l’exemple emblématique. 6 Pourtant, jusqu’à une époque récente le public se satisfaisait des informations ou justifications fournies par les autorités sanitaires ou par les experts. Mais depuis que les réseaux sociaux se sont développés, avec les nouveaux moyens de communication, la donne a changé.
Les scandales sanitaires avec les médicaments : une histoire récente
L’affaire du Médiator® : le détonateur sociétal
Le détonateur sociétal des scandales sanitaires en France a été l’affaire du Médiator (benfluorex) en 2009. Rappelons que ce médicament avait vu son AMM restreinte par la Commission d’AMM de l’Afssaps à une sous-population de diabétiques obèses non équilibrés par leurs traitements habituels et que, par deux fois, sous la présidence du professeur Gilles Bouvenot, la Commission de la Transparence avait émis un avis défavorable à sa prise en charge par la collectivité. L’affaire est survenue dans le cadre à la fois de promotion, de prescriptions, et de délivrances hors AMM. Les données de l’assurance maladie ayant révélé – beaucoup trop tardivement – que la cible principale étaient les femmes (souvent jeunes et avant la période estivale) en surpoids ou obèses 7 (besoin médical mal voire non couvert depuis le retrait du marché de l’isoméride, cousin germain pharmacologique du benfluorex, pour cause d’effets secondaires graves). L’Afssaps n’y a pas survécu. Elle a été remplacée par l’ANSM, après une vague d’épuration et la disparition de la Commission d’AMM, qui n’était pourtant pas responsable des prescriptions hors AMM et du déficit de déclarations de pharmacovigilance. Il est vrai que le premier cas de valvulopathie imputable au benfluorex n’a été publié qu‘en 2003 8, que les retraits du marché dans d’autres pays de l’UE étaient bizarrement passés inaperçus en France, et que l’affaire a pris une ampleur socétale considérable suite à l’action d’une pneumologue, Irène Frachon, devenue de ce fait célèbre…