Europe – Les mauvais brevets limitent l’accès aux médicaments en Europe

Les brevets pharmaceutiques peuvent être des obstacles à l'accès des patients au traitement dont ils ont besoin pour rester en vie et en bonne santé. MSF s'est joint à d'autres groupes de patients et de fournisseurs de traitements de 17 pays d'Europe pour contester juridiquement un brevet non mérité sur un médicament clé contre l'hépatite C auprès de l'Office européen des brevets.

Les brevets pharmaceutiques peuvent être des obstacles à l’accès des patients au traitement dont ils ont besoin pour rester en vie et en bonne santé. Dans les pays en développement, l’organisation médicale humanitaire internationale Médecins Sans Frontières (MSF) est depuis longtemps confrontée à cette réalité. Aujourd’hui, nous nous sommes joints à d’autres groupes de patients et de fournisseurs de traitements de 17 pays d’Europe pour contester juridiquement un brevet non mérité sur un médicament clé contre l’hépatite C auprès de l’Office européen des brevets. Ce n’est pas la première fois que nous lançons une action en contestation de brevet, mais il s’agit d’une première en Europe. Nous espérons que notre action collective contribuera à améliorer l’accès des citoyens européens et belges à ce médicament, à réduire la charge financière pesant sur les systèmes de santé et à envoyer un signal aux autres pays afin qu’ils examinent plus attentivement les demandes de brevets avant d’en délivrer. Les brevets non mérités ont en effet des conséquences négatives pour les personnes et les systèmes de santé.

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, 15 millions de personnes – soit environ une sur 50 – souffrent d’hépatite C chronique en Europe. Chaque année, 112 500 en meurent, après avoir développé un cancer du foie ou une cirrhose à un stade plus avancé de la maladie. Dans le monde entier, quelque 70 millions de personnes sont infectées par le virus de l’hépatite C.

L’arrivée récente de médicaux oraux contre l’hépatite C – connus sous le nom d’antiviraux à action directe (AAD) – constitue une percée thérapeutique majeure. Ils permettent des taux de guérison supérieurs à 90 %, contre environ 50 % auparavant. Le traitement par AAD est en outre plus sûr et plus court qu’avec les anciens médicaments. Le sofosbuvir est à la base de la plupart des thérapies combinées contre l’hépatite C, mais l’accès à ces nouveaux traitements reste extrêmement limité dans de nombreuses régions du monde, en raison de son prix exorbitant. En Europe, le prix fixé par Gilead pour 12 semaines de traitement au sofosbuvir (seul) s’élève à pas moins de 43 000 euros en Belgique, près de 39 000 euros au Royaume-Uni et 28 000 euros en France. Et un traitement efficace de la maladie nécessite d’associer le sofosbuvir à d’autres médicaments, eux aussi coûteux, ce qui fait encore grimper le prix total du traitement. Ces prix mettent financièrement à mal les budgets de la santé en Europe…