France – Sécurité sociale : le risque du chant du cygne !

Le PLFSS 2019 sera peut-être historique non pas du fait du retour à l’équilibre financier, mais par la fin assumée des missions sociales et politiques de la sécurité sociale. En évoluant vers un modèle anglo-saxon qui limite la protection sociale publique à un filet de sécurité pour les plus démunis, le Gouvernement enterre la sécurité sociale de 1945 sans proposer d’alternative pour solidariser l’ensemble de la société.

Le moment est historique : après 18 ans dans le rouge, le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) 2019 prévoit un retour à l’équilibre des comptes. Sur le plan économique, la sécurité sociale serait donc sortie de sa longue convalescence. Il n’en demeure pas moins que ce rétablissement est fragile, et les fonctions sociales et politiques originelles de la sécurité sociale sont considérablement affaiblies.

Ce PLFSS 2019, qui va être présenté à l’Assemblée nationale le 22 octobre prochain, devrait être ainsi l’occasion d’un débat de fond sur « le nouvel État-providence du XXIe siècle » que le Président de la République a annoncé vouloir construire.

Un plan de rigueur social pour les classes moyennes âgées et avec enfant

Le rétablissement économique de la sécurité sociale est avant tout le fait du dynamisme des recettes avec une forte hausse de la masse salariale de 3,5 % en 2018 et 2019. Rappelons que le déficit récurrent de la sécu provient avant tout de la « préférence française pour le chômage ». L’Allemagne engrange des milliards d’excédent dans ses caisses sociales avec un chômage deux fois plus faible que le nôtre, des prestations sociales proches et des prélèvements obligatoires plus faibles.

Le transfert par le gouvernement actuel d’une partie du financement de la sécu vers l’impôt (la CSG) était nécessaire du fait de l’évolution démographique (un ratio actif/inactif en baisse), mais ne changera pas cette donne que la qualité de notre protection sociale dépendra encore longtemps de notre taux d’activité et de notre taux d’emploi. Cette évolution du financement ne justifie pas d’enterrer la sécurité sociale, sachant que le payeur ultime reste toujours le citoyen. Lui substituer un modèle anglo-saxon étatique limité à un filet de sécurité minimum est un choix politique, pris sans débat démocratique. Rien ne l’impose.

Suite à la hausse de la CSG, les retraités, pénalisés par cette mesure, pouvaient s’attendre à ce que leurs pensions soient au moins revalorisées au niveau de l’inflation. Le gouvernement a fait le choix de limiter la hausse des pensions à 0,3 % en 2019 et 2020, soit une perte du pouvoir d’achat de plus d’1 % par an pour les retraités. Cette mesure, qui générera des économies de plus de 3 milliards d’euros sur deux ans est une erreur politique et économique…